Depuis son retour à Degrassi, Lyra était presque redevenue l'adolescente heureuse et libre qu'elle avait été. Elle montrait les moindres recoins de la ville à Cassie et sortait parfois seule le soir, et s'asseyait sur l'une des tables en bois défoncées du terrain vague pour se fumer une cigarette aux plantes, en souvenir du bon vieux temps. Lyra qui aimait se croire libre et sans attaches devait bien avouer qu'ici, elle se sentait chez elle. Plus qu'ailleurs. Elle savait pourtant que c'était uniquement lorsqu'elle n'avait pas été chez elle depuis très longtemps qu'elle se rendait compte à quel point cela lui avait manqué. Lyra avait besoin de voyager, de découvrir d'autres contrées, d'autres cultures, d'autres peuples. Elle aimait se dire qu'elle avait des amis, des gens qui pensaient à elle sur chaque continent. Ca l'emplissait de joie et de sérénité de se dire qu'elle avait accompli quelque chose de beau de sa vie : à l'heure où l'individualisme trônait, elle, elle luttait. Elle participait à des manifestations, soutenait des causes qui lui tenaient à coeur et rencontrait des gens géniaux. Elle ne se laissait dicter sa conduite par personne et inculquait toutes ses valeurs à sa petite Cassie aussi fantasque qu'elle. Lyra songeait d'ailleurs de plus en plus à lui offrir un furet, pour contempler le parfait tableau, afin de faire de sa petite fille son parfait sosie, dix sept ans plus tard. Lyra était tellement heureuse d'être de retour en ville qu'elle en avait presque oublié ses responsabilités, à savoir les locaux de la chaîne de télévision pour laquelle elle travaillait. Elle ne s'y rendait jamais... Liz était son amie et savait commen elle fonctionnait tant et si bien qu'elle lui offrait beaucoup de liberté. Lyra la consultait par téléphone, choisissait sa destination, s'envolait pour une durée indeterminée, improvisait totalement devant la caméra à coup d'éclats de rire et de phrases spirituelles décousues et tout le monde adorait. Tout le monde, sauf Jane. La vilaine et terrible Jane. Le grand méchant loup. Lyra s'était rendue au bureau après une semaine et demi d'absence. Elle lisait le chemin de reflexion du jour sur un ouvrage bouddhiste lorsqu'elle entendit les talons aiguilles du monstre. Lyra se leva, comme montée sur ressorts, et s'évertua à ranger la pile d'objets du monde qui n'avaient rien à faire ici, prenant soin de défroisser son pantalon en lin par la même occasion. Peine perdue.
- Mais... la presse à scandales se fiche bien de mes seins, ils ne savent même pas qui je suis. Mais si cause juste le requiert, alors je le ferais. Je l'ai déjà fait vous savez. Même plusieurs fois. Avec mon ami Bolivien, on s'était même attachés nus à des arbres pour lutter contre la déforestation de la forêt vierge vous savez.
S'entendant repartir dans un monologue sur ses périples devant sa patronne qui menaçait de la virer, Lyra se tut d'un coup, se mordillant la lèvre inférieure tout en regardant, penaude, ses chaussures en toiles abîmées. Lyra fit la moue et releva la tête, horrifée, en entendant Jane. Qu'elle pense à la virer ne l'effrayait pas tant que ça, elle savait que des personnes l'adoraient et que pour une chaîne découvertes, ses scores d'audience était loin d'être mauvais. De plus, si c'était son destin, elle l'accepterait. Par contre, se faire photographier par une journaliste, ça non. Lyra n'entrait dans aucun moule. Elle ne faisait pas partie du système et tout le monde la laissait tranquille, ce qui lui convenait à merveille. Hors de question de poser pour une journaliste, à moins qu'elle fasse dans l'Art, ou l'humanitaire.
- Je n'ai jamais vu de culotte dans la rue, moi. Encore moins des trouées. Et si votre journaliste veut que je me change, alors il pourra s'en aller. Je m'en fiche.